LAURENT RIZO NOUS FAIT DECOUVRIR H.D. THOREAU

Connaissez-vous Henry David Thoreau ?

Ce philosophe américain (1817-1862) est issu d'une famille modeste. Après avoir suivi des études de philosophie et de sciences à Harvard, il devient instituteur... puis démissionne peu après car il refuse d'appliquer les châtiments corporels alors en vigueur.

Il change l'ordre de ses prénoms (« David Henry » devient « Henry David ») puis ouvre une école privée avec son frère pour pouvoir y enseigner selon ses principes : pas de sévices et de fréquentes sorties dans les bois pour apprendre aux enfants l'observation et la vie de la nature.

Il sera ensuite essayiste, conférencier, poète, précepteur, assistant éditorial, manœuvre-jardinier, « ingénieur procédés » puis directeur de l'usine familiale, arpenteur, peintre en bâtiment, géomètre-expert, naturaliste (pas « taxidermiste »), traducteur de textes orientaux...
Au cours de ce parcours de vie,

considérant que son mode de vie n'est pas en accord
avec ses convictions,
cet amoureux de la nature décide en 1845
de se construire une cabane en forêt et d'y vivre.

Critiquant dès l'âge de 20 ans le « capitalisme industriel » et l'« esprit commercial » de son temps, qui poussent les gens à mener une « existence occupée à poursuivre la subsistance quotidienne, pervertissant de fait leur liberté dans le désespoir » (quelle actualité !), il veut « vivre de façon réfléchie, n'affronter que les faits essentiels de la vie et voir quelles leçons (il) pourrait en apprendre ». Il donne à ses contemporains par l'exemple une illustration de la « simplicité volontaire ».

Pendant deux ans, deux mois et deux jours, il mène une vie « faisant partie de la Nature », lisant, écrivant, cultivant son potager, étudiant la nature et l'observant pendant ses quatre heures de marche quotidiennes, ce qui ne l'empêche pas de rendre parfois visite à sa famille et ses amis. Il racontera cette expérience dans Walden (1854).
Son rejet du conformisme social vire à l'insoumission politique. De retour parmi les hommes, il fustige un gouvernement qu'il juge indigne parce qu'il reconnaît l'esclavage et mène une guerre contre le Mexique pour lui annexer le Texas et la Californie. H.D. Thoreau est un fervent opposant à l'esclavage, au point de remettre en cause son principe de non-violence pour mieux lutter contre lui.

Afin de protester contre ce gouvernement dont il ne cautionne pas les actions, il décide de ne pas payer ses impôts (« ce que je dois faire est de veiller à ne pas être complice de l'injustice que je condamne »). Il est envoyé en prison, y passe une nuit avant qu'un ami (ou une tante, on ne sait pas trop) ne paie sa caution, contre la volonté de Thoreau. Précurseur de la « désobéissance civile » moderne, il écrit ensuite dans Résistance au gouvernement civil (publié en 1849, et renommé post mortem par l'éditeur La Désobéissance civile) que « l'autorité du gouvernement, pour être rigoureusement juste, doit avoir le consentement et l'approbation des gouvernés » et que « tous les hommes reconnaissent le droit de résister à un gouvernement quand sa tyrannie et son incompétence sont flagrantes et insupportables ».

Ce qui m'a surtout marqué dans cette histoire de vie, et particulièrement dans ces deux épisodes, c'est cet engagement qu'il a mis à « vivre sa pensée » : je trouve extrêmement courageux de quitter une vie « confortable » pour aller vivre dans une cabane et de risquer la prison en ne payant pas ses impôts, afin de mettre en actes ses convictions.

J'y vois une incarnation très poussée de ce que les coachs appellent « congruence », et bien avant eux, de la manière dont les Grecs de l'Antiquité concevaient la philosophie : une façon de vivre sa vie en cohérence avec ses pensées.

Pour tendre vers cela, Goethe nous donne une piste, l'apprentissage de soi :

« L'apprentissage de soi, c'est à chaque moment de son existence,
confronter sa pensée à ses actions, et ses actions à sa pensée ».

Sacré programme !

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