Pour combattre, gardez vos masques

LA VOIE DU GUERRIER

Pierre Blanc-Sahnoun
Coach de cadres dirigeants, fondateur et directeur de White Spirit

Elle n’avait pas confiance en elle. Comme tant de managers dans tant d’entreprises, qui surjouent en permanence, elle s’épuisait à petit feu à forcer sa voix.

DRH d’un labora­toire pharmaceutique, elle venait chercher des outils magiques et des méthodes miracles pour progresser. Le N + 1, les collègues, tous tendaient un miroir où se reflétait sa faiblesse. Le projet de devenir un leader assertif et cha­rismatique constituait l’Ausweis pour les hautes cimes du comité exécutif. Il y avait donc cet espoir que le coach puisse détenir une méthode permettant de créer une force nouvelle, une idée qui la porte et la sou­tienne. L’idée, par exemple, qu’elle valait le coup, qu’elle était importante. Une assurance dont certains se parent dès l’enfance et qui est comme la cape d’un chevalier Jedi. Mais

nous ne naissons pas tous égaux
face à l’estime de soi.

Certaines histoires de vie sont semblables à des marécages, des sables mouvants d’où l’on s’efforce toute sa vie de s’extirper. D’autres nous portent comme une vague et nous font survivre aux pires souffrances.

Dans le cabinet du coach, il est possible de trier et de choisir. Qui nous a donné de la valeur ? Quel est le grand-père, la grand-mère, le parent, le pro­fesseur, le frère, l’ami, qui nous a donné la conscience de notre droit à exister ? Car c’est bien là, au départ, que se trouve la clé de la confiance en soi. Ou celle de son absence.

De nos failles, l’entreprise tire ses bénéfices. Elle élargit ces fissures en nous proposant un mo­dèle de manager ultraperformant, connecté en permanence, hyperactif et, en même temps, toujours à l’écoute, compatissant, ins­pirant, honnête ; bref, un truc impossible. Une injonction paradoxale en 3D. Que dire, sinon que personne n’est comme ça ? Que tout le monde a ses doutes, ses peurs, ses stratégies de défense, ses lâchetés. Comment lui faire comprendre, à cette cliente, que la confiance en soi vient de notre histoire, ou plus exacte­ment, comme le dit Siegi Hirsch, « de ce que nous faisons de notre histoire » ?

Un coaching sur la confiance en soi est à double tranchant : il est soit thérapeutique, soit dangereux. Car il nous est possible d’élar­gir la faille. De donner encore plus d’outils pour consolider le masque. De reboucher les premières fissures à l’enduit alors que ces fis­sures étaient l’œuvre d’un être différent en train d’essayer de sortir. Nous entendons souvent, nous coachs, dire que nous n’avons pas le droit de toucher à l’his­toire personnelle. Mais tout le monde le fait, parce qu’il est impossible de s’y prendre autre­ment. La personne vient en coaching, il est vrai, avec un objectif dans le champ profes­sionnel. Mais aussi avec une histoire qui tra­verse une majorité de territoires personnels. L’ignorer serait un mensonge. Tous les coachs un peu expérimentés le savent. Nous ne soi­gnons pas. Nous relions les choses, nous ai­dons à retrouver la fierté, à se souvenir des gens qui l’ont apportée. Nous aidons les per­sonnes à reconnaître à nouveau le reflet de ce qu’elles sont dans ce qu’elles font. Enlever son masque, non. Mais y faire cir­culer de l’air, prendre conscience qu’il y a un masque, et qu’il y a aussi un visage. Devenir capable de montrer le visage, par instants. Voilà le coaching que l’on pourrait faire. La confiance en soi viendra de surcroît.

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