30
Nov

L'Approche Narrative

laurent rizo approche narrative atelier des coachs blog

 

L’Approche Narrative : une histoire d’histoires pour redevenir auteur de sa vie


 

Présentation synthétique des intentions, concepts et outils de l’Approche Narrative, méthode d’accompagnement issue du travail social

L’Approche Narrative est un ensemble de concepts et d’outils destinés à l’accompagnement des personnes, créé dans les années 70 par un travailleur social australien, Michael White (1948-2008).

Sur quels postulats repose-t-elle ?

Elle s’appuie sur la définition de l’identité narrative de Ricoeur (« Je suis ce que je me raconte être ») et sur le postulat que nous créons du Sens en reliant des expériences de vie à travers le temps autour d’un thème, autrement dit en fabriquant des histoires. Les récits que nous faisons de notre vie sont ainsi le support du sens que nous lui donnons.

Certaines histoires, dites de problèmes, sont handicapantes pour vivre (par ex : « je suis nul(le) ») et peuvent finir par prendre toute la place et devenir dominantes, alors que d’autres, alternatives, les histoires préférées, sont aidantes (par ex : « je suis un bon parent »).
Chacun créant du sens de façon unique et singulière, il fabrique des histoires qui lui sont propres et est ainsi le mieux placé pour écrire les chapitres suivants de sa vie, de façon écologique avec ce qu’il a envie de devenir et ce qui compte pour lui : ce sont les gens qui sont les experts de leur propre vie.

En cela, l’Approche Narrative a un volet « politique », car elle localise l’expertise de leur vie chez les gens (psychologie populaire) et non chez les professionnels de la psychologie. Elle remet aussi en question les savoirs, par lesquels s’exerce le pouvoir (Foucault), et honore chez les gens leurs résistances aux « normes », à ces discours et pratiques tenus-pour-vrai et majoritaires de la socio-culture dans laquelle ils vivent, qu’ils ont internalisés (pouvoir moderne, Foucault), et qui maltraitent ce qui a de la valeur pour eux.

Quelles sont les implications sur la posture du praticien narratif ?

Le praticien narratif se comporte comme un reporter d’investigation curieux et bienveillant, il adopte une posture dé-centrée et de non-savoir. Il ne projette pas sur le narrateur ses propres avis, ne pose pas de diagnostic, ne donne ni conseils ni injonctions, et reste vigilant à respecter les droits d’auteur du narrateur en reprenant précisément ses mots, pour ne pas interpréter ni coloniser ses propos (Bourdieu).
N’étant pas l’expert de la vie du narrateur, le praticien lui propose et non impose, des pistes d’exploration. Il méta-communique aussi avec lui sur la relation d’accompagnement pour s’adapter au mieux à ce qui « produit des effets », à ce qui lui convient.

Il n’a pas d’objectif pour le narrateur, mais il est guidé par une intention : l’aider à re-devenir auteur (Re-authoring) de sa vie, à (re)trouver un sentiment d’initiative personnelle, à l’instar d’un écrivain ou d’un réalisateur, qui choisit et non subit, les séquences qu’il retient pour ciseler son œuvre.
Le Re-authoring est le cœur de l’Approche Narrative.

Dans cette optique, le praticien questionne le narrateur pour épaissir ses histoires préférées, en lien avec ce qui est précieux pour lui : ses espoirs, rêves, intentions, engagements, convictions, valeurs, « missions de vie »… Comme « l’identité est multi-histoires » et que « les histoires sont en compétition » (White), l’enjeu est plus de dissoudre que de résoudre les histoires de problèmes, de rogner le territoire qu’elles prennent dans la vie du narrateur, au profit des histoires préférées.

Comment le praticien narratif traduit-il ces intentions dans sa pratique ?

Le praticien narratif dispose de plusieurs outils pour concrétiser cette intention (Externalisation, Exceptions-pépites, Renarration, Tissage inter-paysages…).
Il peut aussi explorer si les résistances que la personne manifeste (non-faire, « sabotage », absentéisme, démotivation, voire maladie) sont un moyen d’honorer ce qui est important pour elle et bafoué par une norme. Déconstruire (Nietzsche, Derrida) n’étant pas détruire, le praticien n’est pas là pour « réparer ce qui n’est pas cassé » et ne va questionner le bien-fondé et l’archéologie d’une norme (Absent mais implicite) que si celle-ci génère une plainte, un sentiment d’échec personnel.
Enfin, selon le postulat que « l’identité est une construction sociale » (Gergen), le praticien peut proposer au narrateur de documenter son Club de vie, composé des personnes, personnages modélisants (historiques ou fictifs) et chers disparus qui ont été aidants pour lui, le sont dans le présent et pourraient l’être à l’avenir (Re-membering).

L’accompagnement narratif peut aussi se faire en collectif, avec des groupes de personnes luttant contre un problème similaire (par exemple des personnes en recherche d’emploi…) ou ayant subi un trauma similaire (par exemple des personnes victimes de viol, de dépression…).
Le praticien interviewe les participants sur l’expertise qu’ils ont déjà développée pour faire face au problème et compile leurs réponses dans un Document collectif (Denborough), qui servira de « vade-mecum » pour sortir de l’isolement, retrouver de l’estime de soi, mutualiser des « solutions » et retrouver de l’espoir si Problème revenait s’immiscer dans leur vie.
Il peut aussi leur proposer de décliner tout ce qui est soutenant pour eux via les rubriques d’une métaphore qui leur « parle » (arbre, équipe sportive, etc).

A travers ses concepts et ses outils, l’Approche Narrative est une façon dé-centrée d’appréhender les savoirs des personnes, et de les aider à retrouver du Sens quand dans leur vie, elles ont oublié qu’elles savaient…

 

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